Ils s’actualisèrent et eurent beaucoup d’enfants – CRÉATION

MISE EN SCÈNE : Julien ORAIN

TEXTE : Co-écriture de Frédéric ABRY, Louise GAILLARD, et Hélène JACQUEL

LA PIÈCE

« Le conte ne s’achève jamais au tendre baiser du prince ou à la liesse de la foule libérée du joug de l’infâme tyran, il se poursuit immanquablement en banlieue parisienne à 8h40 un lundi pluvieux d’octobre face à l’impératrice du statut, la gardienne sévère du décompte du temps, Sylviane, conseillère Pôle Emploi Spectacle, 17 ans d’expérience, 300 dossiers suivis quotidiennement et un mug « Meilleure Maman du Monde » rempli de Rooibos commerce équitable. En bon intermittent, c’est dans cette quête que s’élance notre héros, le Petit Poucet, avec toute la fougue et la maladresse de la jeunesse. Guidé, entre autres, par une infatigable Belle au Bois Dormant, un Chat Botté colérique, une Peau d’une marginale et un Loup en quête de sens, il découvrira qu’il doit, comme chacun, jouer son rôle. Ils s’actualisèrent et eurent beaucoup d’enfants, c’est une farce moderne dans l’univers féerique de Pôle Emploi où nos héros, déchirés entre la vie à laquelle ils aspirent et celle que Charles Perrault a pensé pour eux, tentent d’y trouver leur compte. »

S’inspirant des contes de Perrault, Ils s’actualisèrent et eurent beaucoup d’enfants propose une fable cocasse et contemporaine de 50 minutes dans laquelle Petit Poucet cherche à donner un sens à sa vie de jeune comédien. Sur un plateau nu, sans décors ni techniques, les personnages de contes prennent vie, entraînant le public dans des locaux de Pôle Emploi, les faisant saliver devant une émission de cuisine dirigée par un loup végan à croc et à cran, et les faisant vibrer au rythme d’un clash effréné de hip-hop.

Festival l’Instant – Montreuil – Juins 2018

NOTE DES AUTEURS

Le monde du travail est loin, très loin des contes qui ont bercés les enfants que nous étions. Sans repères, nous devons tracer notre route en disposant nos petits cailloux blancs, à la manière du Petit Poucet perdu dans la forêt. Il représente pour nous une jeunesse entrant dans la vie active. Il est insouciant, naïf, et a tout à apprendre. Il sera donc notre héros. Il aurait pu être chercheur en physique quantique, mais il est comédien, et sa quête à lui, c’est l’intermittence du spectacle.

Empruntant les codes narratifs du récit initiatique tout en l’inscrivant dans notre époque contemporaine, nous nous lançons dans l’écriture de notre fable.

Nous avons fait le choix d’intégrer le Petit Poucet dans un collectif, le groupe étant pour nous vecteur d’évolution. Celui-ci est constitué des autres personnages des contes de Perrault (et de Tintin), figures emblématiques de notre imaginaire commun et se construit autour d’un même but : faire troupe.

Confronté à cette nouvelle famille, son fonctionnement, ses tensions, ses peurs et ses aspirations Poucet évolue et nous amène à la morale de notre histoire : «… Peut-être que notre but c’est d’être ensemble et de faire ce qu’on fait peut-être que c’est ça la pièce de théâtre … Petit Poucet au public»

Louise GAILLARD, Frédéric ABRY

Festival d’Aurillac – Août 2018

NOTE DU METTEUR EN SCÈNE

Dans ses œuvres, Perrault fait vivre des personnages forts et élabore des histoires qui font voyager. Bien que riches en détails, ses récits font appel en permanence à notre imaginaire. Ainsi, chacun a sa propre représentation du Loup déguisé en Grand-mère du Petit Chaperon Rouge ou du lit dans lequel La Belle au bois dormant s’est reposée un siècle durant.

Il s’agit pour nous d’explorer un rapport de proximité avec le spectateur, de développer un théâtre sans artifices, sur un plateau nu, reposant sur la force de suggestion de l’acteur, seul élément physique du spectacle. Le public, aidé par son imaginaire, est alors libre de décider de la couleur des murs de la salle de répétitions, de la tenue de Sylviane, la conseillère Pôle Emploi Spectacle, et des effets spéciaux du plateau TV. Moquette, parquet, il y autant de choix possibles que de spectateurs.

Cette fable se déroulant à notre époque, nous avons recherché avec les comédiens à quoi pourraient ressembler les différents protagonistes quelques siècles plus tard, tout en gardant quelques une de leurs qualités intrinsèques. Ainsi Peau d’Âne est technicienne son et lumière à tendance punk, La Belle au bois dormant, toujours bien apprêtée, n’a plus que le souvenir du prince charmant et le grand méchant loup est toujours méchant, mais a rangé ses couteaux à viande pour être végan.

De ce travail ressort un décalage entre les fables anciennes et le monde actuel, présentant des personnages mondialement connus d’une manière absurde et inattendue.

Julien ORAIN

Les Entretiens Pôle Emploi :

Dossier Artistique de « Ils s’actualisèrent et eurent beaucoup d’enfants »